Sur l'île, une prison

Da mauriziotorchio.


Maurizio Torchio retrouve la grande intuition de Beckett et de ses personnages démunis de tout, sauf de la paroleDamien Aubel, Transfuge
Retenez ce nom, il fera partie des très grands écrivains italiens de sa génération.Richard Contin, Le concierge masqué
On passe de page en page les dents serrées, sidéré par ce trou noir qui écrase et détruitValérie Nigdélian, Le matricule des anges
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Depuis le tréfonds d'une cellule s'élève une voix. Celle d'un homme emprisonné pour avoir enlevé la fille d'un patron local, surnommée «la Princesse du café». Le jour où il tue un gardien, il est alors condamné à perpétuité et décide de tout raconter : les relations entre gardiens et détenus, les rivalités et la solidarités entre les prisonniers eux-mêmes. Il décrit la nourriture, le sexe, le monde extérieur, l'attachement désespéré aux objets, les jours et les nuits qui se confondent – tous les détails, même les plus infimes, sont rapportés avec une minutie sans pitié.

Sur l'île, une prison est un roman puissant et hypnotique qui plonge le lecteur dans un univers où l'espace et le temps, le bien et le mal, la lâcheté et le courage tels qu'on les connaît n'ont plus cours. À l'image d'Un prophète de Jacques Audiard, Maurizio Torchio nous livre un récit fascinant et inoubliable, dépourvu de tout jugement ou complaisance, sur la vie carcérale.


2016
Denoël
Collection Y
Trad. de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza

Dans les médias

- La littérature à perpétuité. Damien Aubel. Transfuge.
- Entretien avec Maurizio Torchio. Richard Contin. Le concierge masqué.
- Au trou. Valérie Nigdélian. Le matricule des anges.

Premier chapitre

On te dit : Oreilles. Tu plies tes oreilles et tu te tournes, d’abord à droite, ensuite à gauche.

Narines. Tu penches la tête en arrière, pour faciliter l’inspection.

Bouche. Tu ouvres la bouche. Les portes du corps s’ouvrent sur commande. Tu ouvres la bouche mais on ne t’alimente pas. On n’ajoute pas : on contrôle que tu n’aies pas.

Soulève la langue. Tu obéis.

Tire la langue. Tu obéis.

Gencives. Tu écartes tes lèvres avec tes mains. Tes doigts à la disposition des gardiens.

La bouche est vide, rien d’irrégulier. En rentrant elle est facilement vide, parce que pendant les permissions il faut parler beaucoup. Il faut aller chez une femme qui connaît la prison : soit elle y est passée, soit petite on l’emmenait voir son père, son frère. Ou bien son mari y est encore. Il y a des filles pressées, qui ne comprennent pas. Elles pensent que tu n’as pas vu une femme depuis vingt ans et que donc tu vas te jeter sur elles dans la rue. Celles qui connaissent la prison t’emmènent chez elles, t’alimentent au goutte-àgoutte. Vous y allez un après-midi, en espérant que la nuit tombe tôt. Elle t’offre un café. Elle te parle. Tu as besoin de te vider la bouche. Faire sortir un peu de prison. Si tu ne parles pas, il n’y a de place pour rien d’autre.

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